REPORTAGE BIZARRE

Reportage Bizarre _ photo de l'épisode de Gare de l'Est
Reportage Bizarre _ photo de l'épisode de Gare de l'Est
Reportage Bizarre _ photo backstage de Giuseppe Volpe
Reportage Bizarre_ Le Biafon photo de Giuseppe Volpe
Lievito Madre_ affiche
Lievito Madre _ capture d'écran
Lievito Madre _ capture d'écran
Lievito Madre _ capture d'écran
Lievito Madre _ capture d'écran
Ghigno Sardonico_ court-métrage 2014
Ghigno Sardonico _ court-métrage 2014
Ghigno Sardonico _ court-métrage 2014
Ghigno Sardonico _ court-métrage 2014
Ghigno Sardonico _ court-métrage 2014
Putrida Menzogna_ court-métrage 2011
Putrida Menzogna_ court-métrage 2011
Putrida Menzogna_ court-métrage 2011
Putrida Menzogna_ court-métrage 2011
Fulvio Risuleo Polaroid_photo de Guido Mazzoni
 
 
Réalisateur, dessinateur de bande dessinée, Fulvio Risuleo est né à Rome et depuis fait du cinéma.
En 2014 a gagné le troisième prix de la Cinéfondation au Festival de Cannes avec le court-métrage ''Lievito Madre''. 
Je l'ai rencontré à Paris,vers la fin du mois d'août. Il voulait me présenter son nouveau projet : ''Reportage Bizarre''.
Un travail fait à Paris et qui raconte chaque arrondissement d'une façon poétique, aléatoire, mystérieuse.    
Peut être parce qu'il a la silhouette d'un chat, le regard toujours plongé dans ses pensées et une imagination qui flâne sans arrêt entre histoires vraies et fictions, bouts des souvenirs, rêves et éléments déjantés,  qu'on a envie de suivre les évolutions Fulvio, ses défis et son cinéma.
 
 
Tu as gagné le troisième prix au Festival de Cannes en 2014. Comment s'est passée ta première expérience au Festival ?
 
Le Festival de Cannes est l'un des festivals le plus prestigieux pour chaque réalisateur ou jeune étudiant, comme dans mon exemple. C'est le Festival où tous ces profils peuvent cohabiter.
A Cannes le jeune réalisateur a la même visibilité que celui qui a déjà gagné la palme d'or, c'est ça la particularité de ce Festival.
Tous les films que le Festival a choisi de représenter sont montrés le plus possible à tout le monde, personnel compris. J'ai vraiment apprécié le fait que cet Festival soit un peu conçu comme un film... il y a des surprises, des nouveautés, les vieux qui reviennent... par exemple cette année il y avait Godard. Très attendu par tout le monde comme un ''vieux sage'' mais cinématographiquement plus jeunes que d'autres. 
J'ai vécu l’expérience de voir Tarantino présenter ''Pulp Fiction'' sur la plage avec 5000 personnes.
C'est un Festival plein de stratifications.
J'étais dans la sélection cinéfondation (école de cinéma), j'ai aimé trouver les points de contact avec les autres étudiants. Ce prix, dont Kiarostami a été le président du jury, a été vraiment une satisfaction !  Je suis passé montrer mes courts-métrages à l'école ou entre copains et ensuite à Cannes ! Ça m'a aidé à comprendre que mon travail est néanmoins professionnel et donc j'ai réussi à m'exprimer non seulement pour ceux qui me connaissent déjà (comme le public italien) mais aussi pour un public plus international. Ça me fait plaisir qu'en France on apprécie mon travail, parce que j'aime beaucoup la culture française, l'amour qu'elle met dans le cinéma mais aussi dans l'art en général, c'est pour cela que j'aime aller souvent à Paris et c'est à cause de ça que mon dernier travail a été réalisé ici.
 
 
Pour parler justement de ton travail et de la préparation de ''Lievito Madre'', tu as préféré  ne pas choisir des techniques 3D pour animer la pâte. Y-a-t'il des raisons spécifiques ?
 
Il y a différentes raisons qui m'ont poussé à faire cet choix. Premièrement parce qu'on avait beaucoup parlé de recréer un effet protéiforme de la levure qui s'anime et qui ne devait pas ressembler à un petit animal, mais ne devait pas être trop statique non plus, je cherchais le juste équilibre pour faire comprendre au spectateur que s'était une créature, sans lui provoquer un fou rire du fait que la créature pouvait ressembler à un ''gremlin'' ou à toute cette filmographie 'horror' qui est une référence très marginale.
Je cherchais quelque chose de plus protéiforme et vivant. En utilisant des effets animatroniques comme de l'air soufflé dans une paille ou ce petit robot construit par Luigi d'Andrea (technicien qui fait des effets, quelqu'un qui j'estime beaucoup) j'ai trouvé la façon de le rendre plus vivant.
Un autre aspect était lié à la façon de jouer, parce que je n'aurais jamais pu dire à l'acteur d'imaginer que la levure l'aurait touché et séduit ; on avait craint de devenir grotesques ou trop comiques, ont a bien fait de réaliser la scène avec le technicien pour les effets, ça s'est révélé le meilleur moyen pour réaliser une scène crédible. Je crois qu'il y a un juste équilibre parce que la levure bouge vraiment Luigi l'a télécommandé à distance et l'acteur  suivait mes indications pour une affinité tactile, le reste est né sur le moment, parce que je voulais permettre à la levure et à l'acteur de faire des choses sans trop déranger.
 
 
Comment choisis-tu tes collaborateurs ?
 
Ce projet est né à l’intérieur de l'école, les collaborateurs ont été choisis après trois ans de travail ensemble, nous avons fait des tas d’exercices et des cours, et maintenant on continu à collaborer ensemble.  Nous avons une certaine affinité, je n'ai plus besoin d'expliquer ce que j'ai dans ma tête parce qu'ils me connaissent. Le cinéma est communication : si tu n'as pas besoin de donner des justifications, motivations ou convaincre (le pire) tout est plus facile  parce que tu ne mets pas des filtres dans ta tête et c'est plus direct.
Pour ce qui concerne les acteurs c'est important trouver des acteurs avec lesquels on peut communiquer facilement. Parce que la récitation est communication et les acteurs doivent interpréter des personnages pour toucher directement le spectateur. Réussir à travailler d'une façon directe, simple avec de l'intensité c'est le meilleur. Si l'acteur est un créatif tant mieux, il doit trouver son point de vue.
 
Comment vis-tu le moment du tournage?
 
C'est le moment le plus fatiguant, personnellement je ne trouve pas ''le set'' amusant,  avant il y a des mois dans les studios, des réflexions, on se prépare comme pour faire un happening, une installation live où tout doit bien se passer.
Ce court-métrage a été réalisé avec un budget. Quand tu réalises un court-métrage avec du budget il n'y a jamais assez de temps. Nous avions 4 jours et demi pour tourner un film de 15 minutes. Tout doit être programmé, le réalisateur doit être capable de simplifier tout ce qui a été conçu pendant les mois précédents et de condenser pendant les jours du tournage tout en restant flexible, sans trop s'attacher aux idées précédentes parce que quelque chose de nouveau peut apparaître et donc il faut savoir le suivre…il doit y avoir un aspect important d'improvisation et un autre où il faut garder fortement les idées. Après il y a différentes écoles de pensée…
L’expérience du réalisateur, à part l'étude du langage, est celui de garder cette sûreté de savoir où on est train d'aller. Fellini parlait d'une façon abstraite, tout le monde alors cherchait à comprendre ce qu'il voulait dire en même temps tout le monde faisait confiance parce que c'est ça le charme du réalisateur.
 
Maintenant tu es à Paris pour présenter ce nouveau travail ''Reportage Bizarre''.  Comment ce projet est né et pourquoi Paris ?
 
Il y avait plusieurs raisons qui me poussaient à venir à Paris, certaines je les ai comprise une fois que j'étais arrivé. Dans mes lectures et mes visions cinématographiques comme Roland Topor, Hemingway, Simenon, Paris est une ville très centrale. Comme le disait Hemingway << Paris est une fête ambulante et si tu n'as jamais vécu tes 20ans à Paris, tu n'as pas vécu ta vie.>> Puisque j'ai 23ans je vais voir si cette histoire est vraie. L'idée étais aussi de changer ma façon de travailler depuis mes  trois ans passés au Centro Sperimentale di cinema de Rome. Un travail très intéressant mais aussi limitant puisque j'étais à l'école. Je voulais faire autre chose mais sans avoir une idée précise. Je voulais raconter une ville que je ne connaissais pas, comme un cahier de notes filmées, avec des morceaux de films, des atmosphères, des obsessions...
L'idée était aussi de faire un travail pour le web, de trouver une narration différente, pas chronologique, mais plutôt aléatoire. Tout le monde peut faire le tour de Paris à travers mes yeux.
 
Tu penses que le web a été la meilleure forme d'exploitation pour ce projet ?
 
Oui, parce que le monde du web est un monde confus et compliqué.
A l’intérieur du web prédomine l’aléatoire, j'ai essayé d'étudier le mécanisme du viral qui est une expérience similaire à celle qu'on peut trouver au cinéma, dans la bande dessinée cultes. Quand quelque chose devient t'elle un culte ou virale ?
Le web donne beaucoup de visibilité mais ça ne dure pas longtemps.
C'est un aspect culturel que je voulais tester, une bonne occasion donc, sans un producteur avec une camera et l'aide de quelque personnes à Paris, je ne pouvais pas me permettre une dynamique trop commerciale. Je voulais réaliser des petits courts-métrages, certaines choses sont nées pendant le montage. J'ai écrit le scénario pendant le tournage, l'idée était de réaliser 20 courts-métrages, un pour chaque arrondissement, mais chacun devait avoir une idée, un langage, une raison d'être vu. Il y a les plus narratifs, d'autres avec plus d’atmosphère, il y a un peu de tout en effet. Surtout la causalité. Même si Paris est une ville un peu difficile, même hostile, la culture officielle est bien sponsorisée, mais le reste est caché, j'ai demandé de l'aide alors pour trouver des choses plus mystérieuses et rares, tout le monde m'a donné de bons adresses et situations, même si personne avait dans la tête ce que je ressentais, j'ai beaucoup écouté les habitants de Paris.
 
Pendant la réalisation de ''Reportage Bizarre'' tu as utilisé cette technique qui s'appelle ''Biafon'', qu'est ce que c'est ? Comment as tu eu l'idée ?
 
Le Biafon est né il y a deux ans à l'école, dans un moment d'expérimentation (du genre la 3D fait maison), j'avais donc cette idée de faire deux plans en simultané, verticaux,  un format carré où il doivent avoir de champs et contre-champs en direct, split screening en direct,  sans besoin de couper au montage. Une copine marionnettiste m'a fabriqué cet appareil qui permet d'assembler deux iphone.
J'ai utilisé cet téléphone parce que j'ai trouvé des gens qui pouvaient me le prêter, parce que c'est simple d'en avoir deux pareils et parce que c'est petit et simple d'usage. Alors j'ai tourné deux courts-métrages en essayant de lier cette technique à la scène, surtout dans un contexte émotif, mais jusqu'à présent je n'avais jamais trouvé la bonne idée. C'est la partie que j'ai réalisée avec Aurelia Poirier actrice française, que m'a aidé à réaliser ce projet. Je l'ai connue après avoir vu la ''Cinquième saison''. Tout seul, dans une ville que je ne connaissais pas, sans une troupe et avec une organisation compliquée cette expérience pouvait être vraiment dure. Mais ce Biafon a trouvé sa place dans cette histoire.
 
Comment organises-tu l'aspect technique de ton travail ?
 
Il faut choisir  ''l'outil'' en fonction du travail, choisir la façon de raconter en rapport à l'histoire et au projet. ''Lievito madre'' a été tourné avec des cameras professionnelles, une troupe de 40 personnes, j'aime bien travailler comme ça, même si parfois ce n'est pas possible et nécessaire. ''Reportage Bizarre'' à été complètement autre chose, une camera compact, la seule qui pouvait me permettre de rentrer dans des situations et lieux sans être vu. Chaque technique change selon la situation.
Dans tes travaux comme ''Reportage Bizarre, Lievito Madre, Ghigno Sardonico'' il y a toujours des personnages naïfs et ludiques, mais à un moment donné leur caractère révèle un côté noir, un sourire étrange et obscur qui rappelle l'univers de ''Black Hole de Charles Burns''...
Burns est pour moi une référence. Je n'y avais jamais pensé sous cet aspect, mais j'aime les personnages dont on ne sait pas trop sur eux, j'aime ce fait de se détacher du personnage, de se détacher de l'identification. Tu es en train de voir une histoire, ça ne te conviens pas de t'y identifier!Mieux se mettre dans la position d'observateur. Les personnages multi-facettes et imprévisibles sont ce qu'il y a de mieux pour moi.
 
Qu'est ce qu'être un jeune réalisateur à Rome ?
 
Comme dans le monde du web, à Rome il y a beaucoup de confusion, il n'y a pas de points de références, pas de lieux d’agrégation pour comprendre ce qui se passe et qui fait des choses intéressantes. Il n'y a pas mal de lieux qui hébergent du cinéma mais ce ne sont des bar-apéritifs et de plus ils sont en train de fermer, mais ce qui manque vraiment c'est une vraie union entre artistes romains. On ne s'aide pas assez, on ne se connait pas, il n'y a pas l'envie de savoir qui sont et ce que font les autres. Dans la bande dessinée italienne il y a un autre esprit, alors que dans le cinéma si tu commences à t'affirmer tu deviens solitaire et continues ton chemin tout seul. Mais il y a des références auxquelles je pense souvent comme Roger Corman pour le cinéma, Brian Eno pour la musique, Ferlinghetti pour la littérature, tous sont des artistes et des promoteurs du travail d'autres artistes, simplement parce que ils avaient l'envie de voir, parce que on est d'abord spectateur et ensuite créateur pour la plus part du temps. J'aimerais qu'on puisse avoir un travail en commun, mais qui ne soit pas un groupe où tout le monde fait la même chose.
 
Comment cela se passe t'il pour toi dans la bande dessinée ?
 
Je l'utilise pendant la première partie, pour trouver des idées ou quand j'écris pour d'autres auteurs de bande dessinée. Je collabore avec Francesco Rita, auteur, réalisateur et musicien romain, qui vient de réaliser un court-métrage depuis une de mes bandes dessinées ''Mano Sinistra''. Chaque case est dessinée sur ma main, scannée, effacée et redessinée, c'est une bande dessinée de 64 pages. Francesco a trouvé un financement pour la transformer en court-métrage. Je pense avoir une âme de dessinateur de bd parce que c'est un travail qui demande patience, tous les jours des heures d’exercice, moi je suis une personne plutôt réflexive, je me fatigue à faire les choses, au contraire réfléchir ne me fatigue pas du tout. Normalement le dessin m'aide à visualiser les scènes.
 
Fellini a utilisé le dessin pour s'expliquer ses personnages...
 
Oui il était un dessinateur extraordinaire.
 
La première chose que tu feras dès que tu rentres à Rome ?
 
Nous avons gagné de l'argent avec le prix de Cannes et je compte bien utiliser cet argent là pour réaliser un autre court-métrage avec la même équipe. Seulement pour ne pas s’arrêter... j'aime bien l'idée d'un court-métrage, c'est une solution simple pour raconter des sensations, des histoires courtes mais aussi ça déresponsabilise. C'est une forme proche de la poésie plutôt que du conte. J'aimerais que chaque chose puisse avoir le bon espace et sa visibilité sans avoir de règles. 
 
 
Le site de Reportage Bizarre  :
 
 
 
retrouvez nous sur twitter : @EdChemin
 
 
//////Chantal Malambri /// / / ///

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Remplace les balises [VIDEO::http://www.youtube.com/watch?v=someVideoID::aVideoStyle] par des vidéos intégrées.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
3 + 0 =
Trouvez la solution de ce problème mathématique simple et saisissez le résultat. Par exemple, pour 1 + 3, saisissez 4.