C_C

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les machines de C_C

 

Ça fait quatre ans que C_C hante les caves de Paris et d'ailleurs pour distiller une musique sauvage qui fait coexister noise atmosphérique et rythmes de bass music saturés... Comment on joue de la musique électronique en live?
Au lieu d'avoir des morceaux à interpréter Edouard Ribouillault - c'est son nom - improvise, son instrument principal étant une table de mixage qui lui permet de contrôler différentes sources sonores. Des boites à rythmes, des cassettes qu'il diffuse à l'endroit ou à l'envers, à toutes les vitesses, des signaux sonores qui sont synthétisés par rétroaction.
 
Comme lors d'un larsen, le son est renvoyé sur lui même et réamplifié, en clair, un câble sort de la table de mixage et y retourne, créant une boucle qui génère le son. Entre l'entrée et la sortie, une batterie d'effets est appliquée, un équaliseur, un octaveur, une pédale de guitare et une magnifique reverb avec écrit dessus "Cathedral". Deux boucles de signaux sont ainsi générées, et peuvent être renvoyées l'une sur l'autre, dans un enchevêtrement d'interconnexions et d'interdépendances qui rend les sons difficiles à maîtriser. Ça ne fait plus des boucle mais carrément un grand 8, avec la console au centre, par laquelle tout transite.
 
*Tu utilises des cassettes comme source sonore, tu peux expliquer comment?
Avant dans mes lives je n'utilisais que les cassettes que j'enregistre moi-même en 4 pistes, avec des boites à rythmes ou d'autres instruments, du melodica... Je peux traiter chaque piste séparément, si j'ai envie d'en couper une ou de mettre des effets. Et plus récemment je me suis mis à utiliser des cassettes d'autres musiques que la mienne. Ça apporte tout de suite une couleur différente. Ça a commencé avec une cassette que j'ai trouvé par terre avec une émission de radio des années 90 qui parlait de la techno, que j'ai utilisé en live. Je ne cale pas mes cassettes, du coup c'est tombé sur des sons acid qui se sont mélangés à ma musique. Depuis, des amis m'ont donné une cassette de Philip Glass, une de Satie. Il n'y a pas de problème pour la compatibilité des tempo car mes rythmes à moi sont beaucoup plus forts et saturés, en fait on entends juste la cassette entre les kicks.
 
*Comment tu as découvert les possibilités du feedback?
C'est un pote qui m'a un soir suggéré de brancher ma console DJ sur elle même pour faire du feedback. Je me suis amusé toute la nuit avec. J'ai commencé à travailler avec ça, j'ai fait un live une fois avec cette table. Avec la rétroaction, les sons ressemblent à ce que tu peux obtenir avec un synthé modulaire, mais c'est encore moins facile à maitriser. Ce qui est incroyable, c'est que selon l'ordre dans lequel tu tournes les boutons tu n'obtiens pas les mêmes sons! C'est vraiment sauvage, c'est aussi ça qui m'a fasciné. Quand je fais du son mon bureau se transforme très vite en gros nœud de machines avec des câbles dans tous les sens. Dans mes branchement pour le live, le son est amplifié en boucle, il y a des préamplis d'entrée et de sortie à différents endroits, plus les tirettes d'équalisation, qui fonctionnent un peu comme des petits amplis. Au bout d'un moment, quand tu renvoie dans lui-même, renvoie dans lui même, PAM! Les composants partent, comme un larsen acoustique. Si tu y va doucement, tu arrive à sentir quand ça vient, il y a un seuil. Une fois que c'est parti, ça s’arrête que quand quelque chose casse.
 
*Ça peut être dangereux?
Grande question... Le larsen acoustique c'est sûr, j'ai déjà niqué mes enceintes en mettant un micro devant. Le larsen comme ça, c'est beaucoup moins grave. Mais ma table a changé de son depuis quatre ans, et c'est probablement pour ça. Le son est plutôt moins bien. Les composants de la table, je pourrai les dessouder et les remplacer. Voir si ça sonne différemment.
 
*Qu'est ce qui t'arrive quand tu tournes les boutons? J'ai entendu des gens parler de toi en des termes chamaniques.
J'ai des rythmes enregistrés dans mes boites à rythme et sur mes cassettes, mais je joue tout à la vitesse, avec les éléments et les effets que je veux. J'ai des enregistrements de base, mais tout est improvisé. Je connais mes machines, et de mieux en mieux, ça fait 3, 4 ans que j'ai cette configuration . Le côté chamanique m'intéresse beaucoup. En improvisant tu peux te planter, mais si tu rattrapes le coup, ça parait immédiatement dix fois mieux. D'abord par contraste, mais aussi parce que les gens sentent que tu as pris un risque. Même sans les regarder, je me sens avec eux, j'expérimente autant qu'eux les sons. Je recherche un certain état de transe, mais ce n'est pas quelque chose qui m'est propre, si j'aime autant ça c'est parce que je l'ai entendu et vécu chez d'autres. La musique électronique de danse en général recherche ces effets, comme les autres musiques de transe. Un son qui t'enveloppe, de la grosse basse, des rythmes lancinants qui font perdre un peu les pédales. C'est pas un truc neuf que la musique électronique a apporté, à part les fréquences basses.
 
*Où tu as commencé?
Quand j'avais 15 ans, j'ai acheté des platines pour mixer de la drum'n'bass. A Paris j'avais un appart trop petit pour mes platines, donc j'ai acheté un sampler Electribe, puis la boite à rythme Electribe et le synthé. Le sampler, ça enregistre des sons que tu peux rejouer, j'aimais bien enregistrer des bruits et les passer dans tous les sens, mais rien de bien extraordinaire, un peu hip-hop jungle. Quand j'ai eu le reste de la série Electribe j'ai fait du dub électronique pendant un moment, j'avais aucun effet, c'était frustrant. Après j'ai découvert le breakcore, du coup je me suis acheté un ordi. Puis j'ai commencé à découvrir le larsen, et quand j'ai sorti ma vieille boite à rythme Electribe pour la passer dans le larsen, j'ai rangé mon ordinateur et je suis revenu sur machines. Quand j'ai vu NHK en concert - c'est deux japonais qui font des grosses rythmiques électroniques passé dans du feedback - ça m'a complètement retourné, je me suis dit que je devais partir dans cette direction là. Avant je jouais du breakcore sous le nom de Carl Cock, Quand je me suis remis aux machines, ça m'a semblé judicieux de changer de nom, mais étant assez mauvais pour trouver des noms, j'ai pris les initiales. Ça fait un petit visage. Avec Carl Cock j'ai fini très peu de morceaux, je m'amusais mais je n'étais pas très content de moi. A l'inverse, j'ai été hyper content de retrouver les machines. J'avais jamais eu autant de plaisir, à part quand je mixais. J'ai aussi travaillé avec d'autres gens, en duo avec Terrificolor, et dans Spoliatûre qui est ce que j'ai fait de plus abouti avec d'autres gens. [Spoliatûre est un groupe de zouk bruitiste improvisée contenant des membres du groupe Guili Guili Goulag.] Ce que j'aime bien faire aussi, c'est des remixes, j'en ai fait un de Dead Fader, un autre de Devilman, c'est un exercice amusant.
 
*Est ce que tu ressentais une frustration avec l'ordinateur, de ne pas mettre les mains dedans?
J'avais l'impression de mettre les mains dedans, même sans la dimension physique de brancher les objets entre eux, c'est pareil. Ce qui me dérange, c'est d'avantage le côté visuel. Pour construire un morceau, tu le vois s'afficher dans la longueur, ce qui fait que j'ai jamais réussi à finir un morceau. Alors qu'avec mes machines, je fais une boucle, et je joue avec cette boucle. J'enregistre, je découpe un peu, pas toujours, et ça fait un morceau. J'ai pas besoin de construire mes morceaux. C'est un peu comme un live.
 
*T'as conscience que tu parviens à synthétiser le dub, la techno, la noise, le hip hop, l'indus... Comment ta musique pourrait s'appeler?
J'aime tout ça. Si j'ai été content d'arriver à ce type de musique, c'est que ça correspondait à ce que je voulais faire entendre, plein d'influences. Même si j'aime beaucoup ce qui n'est que hip hop, que dub, que techno, ça ne m'intéresse absolument pas de faire ça, en tout cas pas tout seul. Et ma manière de faire est assez empirique, je triture un son, une boucle, je la déconstruit... C'est intuitif. Quand on me demande quel type de musique je fais, c'est pas facile à décrire. Une fois où il fallait trouver un nom qui décrive ce que je fais pour une soirée, Fred, un ami a proposé fuckstep, qui par hasard s'est trouvé être le titre d'un disque de Shizuo. DJ Scotch-Egg a parlé de noisy beats, simpliste mais pas faux, pas une mauvaise définition.
 
*J'ai l'impression que tes morceaux enregistrés sont des traces de ce que tu fais, plus que des morceaux composés que tu peux rejouer. C'est toujours un peu les mêmes enjeux dans ta musique.
Ça fait deux ans que j'ai quasiment rien enregistré chez moi, je fais des concerts régulièrement, mais je n'enregistre plus rien, alors qu'au début je le faisait beaucoup. Dans Retro/Action, une partie des morceaux viennent de cassettes enregistrés à la maison, et ça m'arrive de les utiliser en concert, mais à une autre vitesse, à l'envers, etc. Je me repose sur ce que j'ai enregistré à cette période là. Je peux diffuser ma musique pour qu'on m'invite à jouer, ce qui est la finalité. Mais là je suis à un point où j'ai besoin absolument de ressortir des choses. D'abord j'adore les disques et je passe beaucoup de temps à écouter de la musique enregistrée, donc ça m’intéresse d'apporter mon grain de sable dans toute cette masse. Et puis les enregistrements permettent aussi de diffuser la musique et de faire plus de concerts.
 
A écouter, Retro/Action, paru sur les labels Third Type Tapes et Bedroom Research en 2012, en cassette et en sortie digitale à prix libre:
 
 
Prochains concerts de C_C :
25 mai : Les Merguez électroniques, les murs à pêches, Montreuil
7 juin : le Biplan, Lille
10 juin : soirée Q, Instants Chavirés, Montreuil
28 juin : Supynes festival, Lituanie
13 juillet : Fête du slip, Rennes
19 juillet : le Klub, Paris
 
 
 
interview et photos : Nils Maisonneuve
 
Suivez nous sur twitter: @EdChemin

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